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Psychologie & esprit

Autosabotage amoureux : pourquoi tu sabotes tes relations

Jamie Walsh
Clinical Psychologist
Mis à jour le
10 min de lecture

Ce n’était pas une mauvaise relation. C’est justement ce qui est le plus difficile à expliquer après coup. Tout allait bien — vraiment bien — puis une dispute a éclaté pour quelque chose qui n’aurait eu aucune importance un mois plus tôt. Ou un mur s’est dressé sans raison apparente. Ou une distance s’est installée au moment précis où l’intimité grandissait. Avec le recul, aucune cause extérieure évidente ne se dégage. Il reste seulement cette impression inconfortable qu’une partie de toi a provoqué tout ça, volontairement ou presque, alors même que tu tenais réellement à cette relation.

L’autosabotage en général sert à protéger l’image que l’on a de soi et à préserver une certaine cohérence psychologique, même lorsque cela compromet ce que l’on souhaite consciemment. C’est le même mécanisme de fond que l’on retrouve dans la procrastination, l’évitement et les réussites que l’on finit par gâcher. Les relations amoureuses sont particulièrement propices à ce phénomène, car peu de choses remettent autant en question notre perception de nous-mêmes que le fait d’être véritablement connu par quelqu’un.

Deux personnes assises sur un canapé, séparées par un petit espace bien visible et regardant chacune de son côté

Quels sont les signes de l’autosabotage amoureux ?

Il se manifeste par des comportements qui créent de la distance ou des conflits au moment même où l’intimité augmente. Ce n’est généralement pas une décision claire et délibérée de rompre, mais une succession de petits gestes qui finissent par produire le même résultat.

Le chercheur John Gottman a consacré plusieurs décennies à l’observation des couples et produit certains des travaux les plus cités dans ce domaine. Il a identifié quatre comportements, appelés les quatre cavaliers, qui prédisent de façon fiable la détérioration d’une relation lorsqu’ils deviennent la réponse habituelle du couple aux conflits :

  • La critique. Elle consiste à attaquer la personnalité de l’autre plutôt qu’un comportement précis : « Tu ne penses jamais à personne d’autre qu’à toi » au lieu de formuler un reproche concret à propos d’un événement précis.
  • Le mépris. Une façon de communiquer teintée de supériorité, de sarcasme ou de moquerie. Dans les travaux de Gottman, il s’agit du meilleur indicateur d’une relation qui risque de ne pas durer.
  • L’attitude défensive. Répondre à une préoccupation en contre-attaquant ou en se posant en victime, plutôt que d’écouter ce que l’autre essaie réellement d’exprimer.
  • La dérobade. Se fermer émotionnellement, se retirer complètement de l’échange et refuser de poursuivre la discussion.

Il ne s’agit pas ici de poser un diagnostic sur une relation en particulier. Ces notions offrent plutôt un vocabulaire bien documenté pour reconnaître les comportements d’autosabotage au moment où ils se produisent, au lieu de ne les comprendre qu’après coup.

Pourquoi sabote-t-on parfois une relation qui va bien ?

Parce qu’une relation qui fonctionne vraiment nous expose davantage sur le plan émotionnel, et non moins. Plus on se dévoile, plus on risque de souffrir si nos craintes profondes sur ce qui arrivera lorsque l’autre nous connaîtra vraiment se confirment. Une relation déjà distante ou insatisfaisante ne remet pas grand-chose en question : elle exige peu de vulnérabilité. Une relation véritablement intime, en revanche, confronte la personne à tout ce qu’elle croit, consciemment ou non, au sujet de sa valeur et de sa capacité à être aimée.

Ce phénomène rejoint la théorie de l’auto-vérification, approfondie dans un autre article de cette série. Nous cherchons à faire confirmer l’image que nous avons déjà de nous-mêmes, même lorsqu’elle est négative, car cette confirmation paraît plus stable qu’une réalité nouvelle et inconnue. Si le récit intérieur d’une personne ressemble à « Je ne suis pas quelqu’un pour qui on reste », un partenaire présent, fiable et engagé crée un véritable décalage avec ce récit. Or ce type de contradiction finit généralement par être résolu, parfois au prix de comportements douloureux.

Cela permet de mieux comprendre une réaction que beaucoup connaissent sans parvenir à la nommer : ressentir du soulagement en même temps que du chagrin lorsqu’une belle relation se termine. Ce soulagement ne signifie pas que la relation n’était pas désirée en secret. Il indique plutôt que la tension entre deux réalités contradictoires — une expérience positive et un récit intérieur beaucoup moins positif — a enfin disparu, même si le prix à payer est élevé.

Une relation qui se passe bien peut contredire une croyance que tu portes depuis longtemps. Une partie de ton esprit peut vivre cette preuve comme quelque chose de déstabilisant, plutôt que comme une bonne nouvelle.

Une main se tend doucement vers une autre au-dessus d’une table, tandis que la seconde recule légèrement

Quel lien entre autosabotage et style d’attachement ?

Le lien est étroit. Un même mécanisme explique les deux grands schémas, même s’ils semblent opposés en apparence. L’attachement anxieux pousse souvent à poursuivre de plus en plus l’autre et à rechercher constamment des preuves d’amour à mesure que l’intimité augmente. Poussé trop loin, ce comportement peut provoquer précisément la lassitude ou la distance que la personne anxieuse redoutait, transformant sa peur en prophétie autoréalisatrice. L’attachement évitant, lui, conduit souvent à prendre ses distances au moment précis où l’intimité s’approfondit, afin de se protéger d’une proximité perçue comme dangereuse, même lorsqu’elle est sincèrement désirée.

Ces deux schémas peuvent être compris comme des formes d’autosabotage façonnées par le style d’attachement. Le schéma anxieux cherche à se protéger d’un abandon anticipé, tout en le rendant plus probable. Le schéma évitant protège contre la peur d’être envahi en empêchant la proximité qui pourrait la remettre en question. Compte tenu de ce dont chacun essaie de se protéger, ces comportements ne sont pas irrationnels. Ils deviennent compréhensibles lorsque la peur sous-jacente apparaît, même s’ils vont à l’encontre de l’objectif affiché.

Cette lecture est utile parce qu’elle réunit les deux schémas autour d’un mécanisme commun, au lieu de considérer les personnes anxieuses et évitantes comme des personnalités opposées. Dans les deux cas, il s’agit de stratégies de protection face au même risque : être blessé par une personne qui compte. Seul le chemin emprunté diffère. Cette racine commune explique en partie pourquoi les partenaires anxieux et évitants se retrouvent si souvent ensemble : le comportement protecteur de l’un active particulièrement bien la peur profonde de l’autre, enfermant les deux personnes dans une boucle qu’aucune n’a consciemment choisie.

Comment l’image de soi nourrit-elle l’autosabotage ?

La théorie de l’auto-vérification suggère que nous agissons souvent, sans en avoir pleinement conscience, de manière à ramener la relation vers un niveau d’intimité et de considération conforme à l’image que nous avons de nous-mêmes. Cela peut arriver même lorsqu’un partenaire nous offre mieux que ce que nous croyons mériter. On peut ainsi déclencher une dispute après un moment particulièrement tendre, minimiser ou détourner les marques d’affection de l’autre, ou devenir inexplicablement méfiant alors que tout se passe bien.

Selon cette théorie, l’écart entre l’image de soi et l’expérience vécue provoque un véritable inconfort, indépendamment du caractère objectivement positif de cette expérience. Une personne qui se croit peu digne d’amour peut trouver la chaleur constante de son partenaire déroutante, voire légèrement suspecte. Ce n’est pas qu’elle n’en veut pas, mais cette affection ne correspond pas au modèle intérieur qu’elle utilise parfois depuis des années pour anticiper le déroulement de ses relations.

Pourquoi et comment teste-t-on son partenaire ?

Dans les recherches sur l’attachement, « tester » son partenaire désigne un schéma souvent inconscient qui consiste à créer un petit risque pour la relation afin d’être rassuré sur l’engagement de l’autre. Cela peut vouloir dire déclencher un conflit mineur pour vérifier que le partenaire reste présent, prendre ses distances pour voir s’il revient vers soi, ou exprimer des doutes afin d’observer s’ils suscitent des paroles rassurantes ou un retrait.

La personne qui teste son partenaire ne s’en rend généralement pas compte : intérieurement, son comportement ressemble à une question légitime, pas à une manœuvre. Pour l’autre, il peut pourtant paraître déroutant, voire hostile, car le besoin d’être rassuré qui se cache derrière reste invisible.

Cette tendance à éviter les moments les plus vulnérables et les plus liés à notre identité s’applique directement aux relations. Une conversation difficile, de véritables excuses ou l’expression sincère d’un besoin comptent souvent parmi les moments que l’on évite le plus, précisément parce qu’ils nous exposent émotionnellement — et non parce qu’ils ont peu d’importance.

Comment arrêter de saboter sa relation ?

La première étape consiste à reconnaître le schéma pendant qu’il se produit, et non uniquement après coup. Sur le moment, un comportement d’autosabotage amoureux est rarement perçu comme tel. Il ressemble plutôt à une réaction raisonnable à quelque chose que le partenaire a fait. Il devient donc difficile de l’interrompre tant que l’on ne sait pas nommer ce qui se joue réellement derrière le désaccord apparent.

Au-delà de cette prise de conscience, le principe issu de la théorie de l’auto-vérification reste le même : accepter de recevoir et d’intégrer un traitement réellement positif, au lieu de le minimiser immédiatement ou d’en tester les limites, permet de faire évoluer progressivement le modèle intérieur auquel la relation est comparée. Ce travail est souvent lent et irrégulier ; une seule conversation ne suffit pas à tout résoudre. Il devient aussi beaucoup plus facile avec un partenaire qui comprend ce qui se passe, plutôt qu’avec une personne obligée de deviner le sens d’une distance ou d’un conflit soudain.

Ce qu’il faut retenir de l’autosabotage amoureux

Saboter une relation qui fonctionne ne prouve pas que cette relation était mauvaise, ni que tu ne désires pas de proximité. Cela signifie souvent que l’intimité a atteint un endroit que ton image intérieure de toi-même n’a pas encore rejoint. La tension qui en résulte vient alors d’un ancien mécanisme de protection qui fait ce qu’il a appris à faire. Il est généralement plus utile d’identifier ce schéma que de se concentrer uniquement sur la dispute ou la distance qu’il a provoquée.

Ce phénomène mérite de la patience de part et d’autre. La personne qui s’éloigne ou provoque une dispute cherche rarement à faire du mal consciemment. De son côté, le partenaire qui subit ce comportement réagit à quelque chose qui paraît incompréhensible de l’extérieur, sans pouvoir discerner la logique protectrice qui se cache dessous. Rendre cette logique visible, même de façon imparfaite, aide généralement davantage le couple que de demander à chacun de faire simplement plus d’efforts pour corriger le seul comportement apparent.

Deux personnes se faisant face et discutant de près, dans une posture calme et attentive, sous une lumière intérieure chaleureuse
Questions fréquentes
Comment reconnaître l’autosabotage dans une relation amoureuse ?

Il apparaît sous la forme de comportements qui créent de la distance ou des conflits au moment où l’intimité augmente. Les quatre cavaliers de Gottman — critique, mépris, attitude défensive et dérobade — permettent d’identifier ce schéma lorsqu’ils deviennent les réponses habituelles du couple aux conflits.

Pourquoi est-ce que je sabote une relation qui se passe bien ?

Une relation qui fonctionne vraiment t’expose davantage sur le plan émotionnel et remet à l’épreuve ce que tu crois au sujet de ta propre valeur. Une relation distante provoque moins cette réaction, car elle exige moins de vulnérabilité.

L’autosabotage amoureux est-il lié au style d’attachement ?

Oui, étroitement. L’attachement anxieux pousse à poursuivre l’autre de manière insistante, ce qui peut créer la distance redoutée. L’attachement évitant entraîne un retrait lorsque l’intimité augmente. Ce sont deux stratégies de protection face au même risque, empruntant des chemins différents.

Comment savoir si je suis en train de tester mon partenaire ?

Tu crées souvent inconsciemment un petit risque pour vérifier l’engagement de l’autre : déclencher un conflit mineur, t’éloigner pour voir s’il revient ou exprimer des doutes afin d’observer sa réaction. Cela paraît légitime de l’intérieur, mais peut sembler déroutant ou hostile à ton partenaire.

Que faire pour arrêter de saboter sa relation ?

Commence par repérer le schéma pendant qu’il se produit, plutôt que seulement après coup. Apprends ensuite à recevoir et à intégrer les marques d’affection sincères sans les minimiser ni en tester immédiatement les limites. Ce travail est lent et irrégulier, mais il devient plus facile avec un partenaire qui comprend ce qui se joue.

Comprends les deux facettes de ce schéma
Le parcours Psychologie et esprit d’Astra Trainer complète parfaitement l’univers Amour et relations, car les mécanismes abordés se recoupent.