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Psychologie & esprit

Pourquoi je répète toujours les mêmes erreurs

Jamie Walsh
Clinical Psychologist
Mis à jour le
11 min de lecture

Tu changes de travail, mais le même conflit avec l’autorité finit encore par surgir. Tu rencontres une nouvelle personne, mais la même dynamique de couple se reconstruit discrètement, brique après brique. Tu démarres un autre projet, puis tout s’écroule au même stade, pour une raison qui semble pourtant nouvelle à chaque fois. S’il ne s’agissait que d’un mauvais poste, d’une relation difficile ou d’un projet malchanceux, on pourrait parler de circonstances. Mais quand le même scénario réapparaît avec des personnes et dans des situations totalement différentes, tu peux avoir l’impression qu’il te poursuit — et, d’une certaine manière, ce n’est pas si loin de la réalité.

Il ne s’agit pas d’une procrastination ordinaire ni d’un épisode isolé d’auto-sabotage. C’est le schéma qui se cache derrière les deux : une structure stable et récurrente qui se manifeste dès que certaines conditions sont réunies, quelles que soient les personnes ou les circonstances.

Pour comprendre ce mécanisme, tu n’as pas besoin de fouiller toute ton histoire personnelle. Il suffit de le voir assez clairement pour le reconnaître la prochaine fois qu’il s’activera, quel que soit le nouveau décor choisi.

Photographie éditoriale prise sur le vif dans un bureau ou un espace de coworking qui semble récent. Une personne est assise seule à son poste peu après une conversation banale avec un responsable ou un collègue. Elle regarde un carnet ouvert avec une expression intérieure familière, plus intense que la situation ne semble le justifier. Autour d’elle, plusieurs détails indiquent qu’elle vient d’arriver : un sac encore plein, un nouveau badge d’accès posé face contre table, une étagère presque vide et quelques objets personnels récemment installés. À l’arrière-plan légèrement flou, les autres continuent à travailler normalement. La tension visuelle vient d’une ancienne réaction émotionnelle qui surgit dans un environnement réellement nouveau. Lumière naturelle de bureau, réalisme documentaire, aucun conflit théâtral, aucun texte lisible, aucun aspect de photo d’entreprise mise en scène. 16:9.

Pourquoi les mêmes problèmes reviennent-ils sans cesse ?

Parce que le schéma ne se trouve pas vraiment dans la situation extérieure. Il repose sur une structure intérieure stable, activée par certaines conditions récurrentes, partout où elles apparaissent. Des emplois et des relations très différents peuvent déclencher exactement la même réaction intérieure s’ils partagent une caractéristique sous-jacente, même s’ils n’ont extérieurement rien en commun.

Cela ne revient pas à dire que « tu choisis toujours de mauvaises situations ». L’idée est plutôt la suivante : un type précis de situation — te sentir critiqué, invisible ou obligé de mériter ta place — réactive systématiquement une ancienne réponse. Celle-ci oriente ensuite ton comportement dans la même direction, quel que soit l’emploi ou la relation où se trouve le déclencheur.

Qu’est-ce qu’un schéma psychologique et pourquoi se répète-t-il ?

Dans le modèle élaboré par le psychologue Jeffrey Young, les schémas psychologiques sont des croyances profondes sur toi-même et sur le monde. Généralement formées tôt dans la vie, elles continuent à agir à l’âge adulte, en grande partie hors de la conscience. Un schéma comme « je ne suis pas vraiment à la hauteur » ou « les autres finissent toujours par partir » ne reste pas limité au contexte qui l’a vu naître : il devient un filtre à travers lequel tu interprètes des situations nouvelles et sans rapport apparent.

C’est précisément pour cette raison qu’un même schéma peut apparaître dans un nouveau travail, une nouvelle relation et un nouvel objectif personnel, même si ces situations ne semblent avoir aucun lien. Le schéma ne concerne pas spécifiquement le travail ou le couple. Il concerne ce que ces situations finissent par représenter : le risque d’être jugé insuffisant, ou la possibilité de créer un lien qui pourrait ne pas durer. Dès qu’une situation est classée dans cette catégorie intérieure, l’ancienne réaction s’active, presque indépendamment des personnes réellement concernées.

Dans ses premiers travaux cliniques, Young a repéré chez ses patients plusieurs schémas récurrents. Les thèmes de l’abandon, de l’imperfection, des exigences élevées et de la dépendance apparaissaient assez souvent pour former un répertoire reconnaissable, sans pour autant être exhaustif. Retenir toutes les catégories compte moins que comprendre leur point commun : chaque schéma s’est construit tôt en réaction à une expérience réelle, puis continue d’agir comme si les conditions d’origine existaient encore, bien après leur disparition.

Les situations changent. La question intérieure dans laquelle tu les classes, elle, reste souvent la même.

Voici comment un même schéma sous-jacent peut se manifester dans différents domaines :

Si le schéma sous-jacent estAu travail, il peut se manifester parDans les relations, il peut se manifester parPour les objectifs personnels, il peut se manifester par
« Je ne suis pas à la hauteur »Repousser les projets visibles et à forts enjeuxSaboter la proximité au moment où le lien s’approfonditAbandonner dès que les progrès deviennent réels et mesurables
« Les autres finissent toujours par partir »Peu s’investir dans les relations d’équipe et rester sur la réservePrendre ses distances avant que l’autre ne le fasseÉviter les engagements qui exigent de compter sur les autres
« Je dois mériter ma valeur »Travailler à l’excès et avoir du mal à se reposer même quand tout est faitAvoir du mal à recevoir de l’attention sans vouloir rendre immédiatementS’imposer des exigences si dures qu’elles poussent à abandonner

Ce tableau n’est pas un outil de diagnostic destiné à identifier précisément ton schéma. Il sert à illustrer le mécanisme : une seule croyance sous-jacente peut produire plusieurs comportements extérieurement différents, partout où elle est activée.

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Est-ce la « compulsion de répétition » décrite par Freud ?

Les deux notions sont liées, avec une réserve importante. La compulsion de répétition est un ancien concept psychanalytique proposé à l’origine par Freud. Elle décrit une tendance inconsciente à recréer des dynamiques familières, même lorsqu’elles sont douloureuses. Il faut toutefois préciser que cette notion, en tant que construction psychanalytique formelle, ne bénéficie pas du même soutien empirique que les recherches modernes et vérifiables.

Le phénomène que la compulsion de répétition cherchait à décrire reste néanmoins pertinent : nous pouvons être attirés par ce qui nous est familier, même lorsque cela nous fait souffrir. Depuis, des explications mieux étayées par les données ont été proposées. La théorie de l’auto-vérification, présentée plus en détail dans un autre article de cette série, apporte une lecture moderne et plus facile à tester : nous tendons vers des résultats qui confirment ce que nous croyons déjà sur nous-mêmes, car le familier, même douloureux, paraît plus prévisible que l’inconnu. La théorie des schémas complète cette explication en montrant ce qui cherche précisément à être confirmé et d’où cela vient.

L’ancien vocabulaire psychanalytique et les recherches plus récentes se rejoignent donc sur un phénomène réel, même si les explications modernes reposent sur des bases empiriques plus solides que la formulation d’origine.

Le biais de confirmation entretient-il ces schémas répétitifs ?

Oui, et c’est l’une des pièces les plus sous-estimées du puzzle. Le biais de confirmation, un mécanisme ordinaire de la pensée largement documenté, désigne notre tendance à remarquer, mémoriser et valoriser davantage les informations qui confirment nos croyances que celles qui les contredisent.

Appliqué à un schéma, cela signifie que l’esprit n’observe pas chaque nouvelle situation de façon neutre. Une personne convaincue que les autres finissent toujours par partir repérera plus facilement les comportements qui ressemblent à des signes avant-coureurs d’un départ. Elle s’en souviendra clairement, tout en accordant moins d’importance aux moments, pourtant bien plus nombreux, où l’autre est simplement resté. Avec le temps, cette attention sélective donne l’impression que l’expérience a entièrement validé le schéma. En réalité, l’expérience a été filtrée par celui-ci au lieu de le mettre équitablement à l’épreuve.

Voilà en partie pourquoi un schéma peut survivre malgré de nombreuses preuves contraires. Ces preuves existent, mais celles qui confirment le schéma sont remarquées et mémorisées, tandis que les autres passent plus facilement inaperçues.

À cette couche perceptive s’ajoute une dimension comportementale. Un schéma ne modifie pas seulement ce que tu remarques : il peut aussi influencer les situations dans lesquelles tu te retrouves, parfois à travers des choix qui semblent n’avoir aucun rapport avec lui. Une personne persuadée de ne pas être à la hauteur peut se diriger vers des environnements susceptibles de renforcer cette croyance. Ce n’est pas par masochisme, mais parce que ces contextes lui sont plus familiers et paraissent donc plus faciles à appréhender que ceux qui remettraient réellement sa croyance en question.

Quel lien avec la procrastination et l’auto-sabotage ?

Le lien est direct : ces deux comportements sont souvent les conséquences visibles d’un même schéma sous-jacent activé dans un domaine précis. Une procrastination qui persiste malgré des efforts raisonnables concerne parfois moins la tâche elle-même que ce que son accomplissement risquerait de révéler ou de mettre à l’épreuve. C’est une question de schéma, pas seulement d’organisation. Il en va de même pour l’auto-sabotage en général : les mécanismes abordés dans cet article — stratégies d’auto-handicap, auto-vérification et syndrome de l’imposteur — sont souvent les comportements visibles produits par un schéma plus profond une fois celui-ci activé.

C’est important à comprendre, car cela explique pourquoi corriger un comportement visible dans un domaine ne produit pas toujours d’effet dans les autres. Tu peux surmonter la procrastination au travail, mais si le schéma sous-jacent continue d’agir dans tes relations ou tes objectifs de santé, le mécanisme reste intact. Il a simplement changé de pièce dans la maison.

Comment sortir des schémas répétitifs selon la recherche ?

Il faut agir au niveau où le schéma fonctionne réellement, plutôt que de s’occuper uniquement du comportement visible. Les schémas étant larges et transversaux, traiter un seul symptôme — un projet sans cesse reporté ou une relation difficile — laisse souvent la structure sous-jacente intacte, prête à produire un résultat semblable ailleurs.

En pratique, commence par repérer les réactions intenses et étrangement familières qui surgissent dans une situation pourtant nouvelle. La pensée « ça recommence » signale souvent plus sûrement l’activation d’un schéma que le contenu apparent de la situation. Considérer cette prise de conscience comme une information, et non comme une nouvelle preuve que le scénario est inévitable, permet de desserrer l’emprise du biais de confirmation. Lorsque tu recherches aussi les éléments qui contredisent ton schéma, au lieu de voir uniquement ceux qui le confirment, la réalité devient souvent plus nuancée qu’elle ne le paraissait sous l’effet de ce filtre.

Ce changement se fait généralement de façon progressive et irrégulière, plutôt que par une rupture nette avec le passé. Un schéma construit pendant des années ne disparaît pas dès qu’on lui donne un nom. Il perd peu à peu de sa force chaque fois que tu le vois s’activer et que tu choisis, même imparfaitement, de ne pas lui fournir de nouvelles preuves.

Ce qu’il faut retenir pour briser le cycle

Un schéma qui te suit d’un travail, d’une relation ou d’un objectif à l’autre ne signifie pas que tu es condamné à le répéter ni que quelque chose est profondément cassé en toi. Il montre qu’un schéma formé tôt remplit sa fonction habituelle : filtrer les nouvelles expériences à travers une ancienne grille de lecture et recueillir discrètement les preuves qui le confirment. Reconnaître la forme générale du schéma, plutôt que de traiter chaque épisode comme un échec isolé et sans rapport avec les autres, constitue souvent la première véritable étape pour interrompre le cycle.

Le schéma qui te poursuit ne définit pas qui tu es. C’est une structure construite pour des raisons compréhensibles, à une époque où elle a peut-être réellement rempli une fonction. Or, ce qui a été construit peut aussi être transformé, à condition de le reconnaître et de laisser enfin les preuves contraires compter.

Une personne examine calmement une réaction familière dans une situation nouvelle au lieu d’y voir la preuve que le même schéma va forcément se répéter
Questions fréquentes
Pourquoi est-ce que je rencontre toujours les mêmes problèmes ?

Parce que le schéma ne se trouve pas uniquement dans la situation extérieure. Il repose sur une structure intérieure stable, activée chaque fois que certaines conditions réapparaissent. Des emplois ou des relations très différents peuvent donc déclencher la même réaction s’ils partagent une caractéristique sous-jacente.

Qu’est-ce qu’un schéma psychologique ?

Dans le modèle de Jeffrey Young, il s’agit d’une croyance profonde sur soi-même et sur le monde, formée tôt dans la vie et agissant en grande partie hors de la conscience. Le schéma devient un filtre qui influence l’interprétation de nouvelles situations, quelles que soient les personnes réellement concernées.

Est-ce la même chose que la compulsion de répétition de Freud ?

Les deux notions sont liées, mais la compulsion de répétition, en tant que concept psychanalytique formel, dispose de moins de soutien empirique que les recherches modernes. La théorie de l’auto-vérification et la théorie des schémas offrent des explications plus faciles à tester pour cette attirance envers ce qui nous est familier.

Le biais de confirmation renforce-t-il les schémas répétitifs ?

Oui. L’esprit remarque, mémorise et valorise davantage les informations qui confirment ses croyances que celles qui les contredisent. Un schéma peut ainsi résister à de nombreuses preuves contraires : celles-ci passent plus facilement inaperçues, tandis que les moments qui le confirment marquent fortement la mémoire.

Quel est le lien entre les schémas, la procrastination et l’auto-sabotage ?

La procrastination et l’auto-sabotage sont souvent les manifestations d’un même schéma sous-jacent activé dans un domaine précis. Corriger le comportement visible dans un domaine sans agir sur le schéma qui continue d’opérer ailleurs laisse généralement le mécanisme intact : il se déplace simplement vers une autre partie de la vie.

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