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Négociation salariale des femmes : au-delà de la confiance

Marcus Reid
Negotiation & Leadership Coach
Mis à jour le
7 min de lecture

« Aie simplement plus confiance en toi » : tu as probablement entendu ce conseil plus souvent que tous les autres, sans qu’il rende jamais la conversation plus facile. C’est parce que cette hésitation n’est pas vraiment un problème de confiance. Elle traduit souvent une perception lucide d’une dynamique sociale réelle. Les conseils qui cherchent à corriger ta personnalité passent donc à côté du véritable enjeu.

Cet article ne cherche pas à savoir s’il faut négocier : la réponse est toujours oui, quels que soient la personne et le contexte. Il s’intéresse à un phénomène précis et bien documenté qui influence le déroulement de la négociation, ainsi qu’aux moyens d’utiliser concrètement ces connaissances au lieu de simplement se sentir découragée.

Notre guide sur les bases de la négociation présente les principes utiles à tout le monde — BATNA, intérêts et positions. Mais le phénomène abordé ici mérite une analyse honnête, fondée sur de véritables études plutôt que sur un nouveau discours de motivation.

Femme prenant la parole autour d’une table de réunion pendant que ses collègues l’écoutent, avec un dossier sur la rémunération visible

Le manque de confiance explique-t-il vraiment l’hésitation à négocier son salaire ?

Pas vraiment, et cela mérite d’être dit clairement. Les recherches menées par Linda Babcock et Sara Laschever, de l’université Carnegie Mellon, notamment dans leur ouvrage Women Don’t Ask, ont montré que les femmes sont statistiquement moins susceptibles que les hommes d’engager une négociation salariale. On suppose spontanément qu’il s’agit d’un trait personnel : moins de confiance ou d’assurance. Pourtant, les études désignent une cause plus précise et plus utile à comprendre : une pénalité sociale documentée, qui fait de cette hésitation une réaction raisonnable plutôt qu’une faiblesse personnelle.

Hannah Riley Bowles, de la Kennedy School de Harvard, a étudié ce qui se passe lorsque des hommes et des femmes négocient de la même manière, avec des formulations et des demandes identiques. Ses travaux ont mis en évidence ce que l’on appelle souvent l’« effet de contrecoup » : les femmes qui négocient avec assurance sont parfois évaluées moins favorablement que les hommes présentant exactement la même demande dans les mêmes termes. Le problème ne vient pas du manque de confiance de la personne qui négocie, mais du biais de la personne qui l’évalue. C’est une réalité avec laquelle il faut composer, aussi injuste soit-elle.

Parler de « manque de confiance » revient discrètement à faire porter la responsabilité sur la personne qui négocie. Selon les recherches, la dynamique dépend au moins autant des personnes présentes en face d’elle.

Pourquoi le conseil « aie plus confiance en toi » ne fonctionne-t-il pas ?

Parce qu’il présente un phénomène structurel et extérieur comme un problème intérieur et personnel. Or, demander à quelqu’un de percevoir autrement un risque réel ne fait pas disparaître ce risque. Si une négociation affirmée entraîne véritablement une pénalité sociale différente selon la personne qui la mène, conseiller d’« avoir plus confiance en soi » revient à ignorer une information pertinente plutôt qu’à y répondre intelligemment.

Ce conseil peut aussi produire un effet pervers très précis : il ajoute de la culpabilité à une situation déjà inconfortable. Une personne qui hésite ne manque pas nécessairement de confiance. Elle perçoit souvent avec justesse une dynamique dont ce conseil refuse de reconnaître l’existence.

Les femmes sont-elles davantage pénalisées lorsqu’elles négocient comme les hommes ?

Les études font apparaître une tendance, pas une règle universelle. La situation varie selon l’entreprise, le secteur et le responsable, et ce phénomène ne touche ni toutes les négociations ni toutes les femmes. L’effet de contrecoup reste toutefois l’un des résultats les plus régulièrement reproduits dans la recherche sur la négociation. Il mérite donc d’être considéré comme un facteur réel à anticiper, plutôt que d’être écarté comme une simple anecdote.

Cela ne signifie pas qu’il vaut mieux renoncer à négocier. Ne pas négocier du tout reste, de très loin, l’erreur la plus coûteuse lors d’une discussion salariale, quels que soient la personne et le contexte. Cela signifie simplement que la manière de s’y prendre compte davantage que ne le laissent entendre les conseils habituels.

Infographie montrant qu’une même demande peut être reçue différemment, avec un pouce levé et un point d’interrogation pour illustrer l’effet de contrecoup
Une même demande, formulée de façon identique, peut être reçue différemment selon la personne qui la présente : c’est le constat de la recherche, pas une excuse.

Quelle stratégie adopter pour limiter l’effet de contrecoup ?

Les recherches de Bowles indiquent une solution concrète : présenter sa demande sous un angle relationnel plutôt que comme la défense d’un intérêt strictement personnel tend à réduire la pénalité sociale, sans diminuer l’efficacité de la demande. Il ne s’agit pas d’être moins directe, mais de relier ta demande à un enjeu qui dépasse ton seul intérêt.

« Je souhaite m’assurer que ma rémunération reflète l’étendue des responsabilités que j’assume aujourd’hui. Je sais qu’il est également important pour vous que cela soit évalué avec justesse, à la fois par souci d’équité et pour garantir la cohérence des niveaux de responsabilité au sein de l’équipe. »

La demande reste tout aussi directe et précise. Seul le contexte dans lequel elle est formulée change. Cette méthode ne fonctionne pas systématiquement, et elle ne devrait même pas être nécessaire — il faut le reconnaître honnêtement. Mais dans l’environnement professionnel actuel, elle constitue un outil concret étayé par la recherche.

Pour apprendre à préparer et à formuler une demande complète, consulte notre script détaillé de négociation salariale, qui présente la structure générale dans laquelle cette technique peut s’intégrer.

Attention à un piège associé : s’excuser excessivement de formuler sa demande. À force d’atténuer une demande raisonnable, elle finit par ne plus être perçue comme telle. Clarté et bienveillance ne sont pas incompatibles.

Comment utiliser cette stratégie sans nier le problème ?

Utilise ces recherches comme un outil pratique, pas comme une raison de garder le silence. Reconnaître l’existence d’un biais documenté ne signifie pas accepter un résultat moins favorable. Cela permet de choisir délibérément une approche qui tient compte de ce biais, comme le ferait toute personne maîtrisant l’art de la négociation en adaptant sa stratégie à ses interlocuteurs.

Garde aussi à l’esprit que ce phénomène correspond à une tendance moyenne observée dans de nombreuses études et situations. Il ne prédit pas l’issue de chaque conversation. Connaître son existence permet de se préparer, pas de savoir exactement comment ta propre négociation se déroulera.

Comment préparer ta prochaine négociation salariale ?

Le véritable problème n’a jamais été un simple manque de confiance, et le présenter ainsi fait peser la responsabilité au mauvais endroit. Il s’agit d’une dynamique sociale documentée, qui peut conduire à recevoir différemment une même demande. La solution n’est pas de se forcer à paraître plus courageuse, mais de négocier en tenant compte de cette réalité : directement, clairement et sans s’excuser de demander.

Frequently asked questions
Le manque de confiance explique-t-il vraiment pourquoi les femmes négocient moins leur salaire ?

Pas vraiment. Les études montrent que les femmes sont statistiquement moins susceptibles d’engager une négociation, mais l’explication tient davantage à une pénalité sociale documentée — l’« effet de contrecoup » — qu’à un manque personnel de confiance ou d’assurance.

Pourquoi le conseil « aie simplement plus confiance en toi » ne marche-t-il pas ?

Parce qu’il transforme un phénomène structurel et extérieur en problème personnel. Il ajoute de la culpabilité à une situation déjà inconfortable, alors que l’hésitation traduit souvent une perception juste d’une dynamique sociale réelle, et non une faiblesse individuelle.

Les femmes subissent-elles plus de réactions négatives lorsqu’elles négocient comme les hommes ?

Les recherches font apparaître une tendance régulièrement reproduite, même si elle varie selon l’entreprise et la personne responsable. Ce n’est pas une règle universelle, mais c’est un facteur réel qu’il vaut mieux anticiper. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut renoncer à négocier.

Quelle technique permet de réduire l’effet de contrecoup pendant une négociation ?

Présenter la demande sous un angle relationnel — en la reliant à un « nous » plus large plutôt qu’au seul intérêt personnel — réduit la pénalité sociale sans rendre la demande moins directe ni moins précise.

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